Walk-by Shooting
Pascal Beausse

How to portray a city without giving in to its image? How to resist the wave of images that submerge it every day? The contemporary city has been shaped by photography, much as this medium has fed itself on the city’s power to generate images. The city today is ruled by a multi-scopic device, impressive in its thoughtlessness, from the omnipresent but invisible police surveillance, spying on every nook and cranny, to the uncontrolled scopic drive of its tourists, and even to its inhabitants, tourists in their own town. The city is today consumed ad libitum by technological devices of vision; it is devoured by cameras.
Kenryou Gu adopts a radical position on this multi-scopic control apparatus by representing it, embodying it on an individual scale. Peter Sloterdijk says that in modern times, the artist’s role is to explain contemporary culture to his or her contemporaries. The accelerating ways of life, the shocking transformation of the conditions of existence that we suffer rather than choose at each technological leap – who better than an artist to bring these to our eyes? It is what Dali did when he had himself locked up in an aqualung on July 1, 1936, at the New Burlington Galleries in London, to make tangible the transformation of the atmosphere initiated during the first world war by the use of military gas, to make visible that which escapes representation: the unprecedented mortality spread in the air, air meant to sustain life.
Equally demonstrative, Kenryou Gu turns the photographic act into performance: he places a camera on his shoulder and walks in the city, day and night, in all weather, to the limit. Deriving his methodology from the technological evolution of his time – the miniaturization and growing memory power of the camera – he practices performative photography to accumulate an exceptional number of images of the city he roams in every direction. In this case, and according to the title of his installation, 15972 images of Kyoto, he shot at a constant automated pace, without visual control of the image. It is his whole body that takes the photographs, in this re-invention of the artist on the move.
Literally, like Dziga Vertov’s The Man with a Camera, Kenryou Gu plays camera operator, each step giving rhythm to his creation of images. The high definition lens of his GoPro is directed to the rear: he controls neither the exact moment of each shot nor the image composition. He then accumulates the images in an immense archive on the walls of the exhibition space, accompanied by the soundscape of his hyper-scopic crossings.
In his rather melancholic way, Wim Wenders had the character of his film Lisbon Story play this role, leaving from the city center and going towards the periphery, Sony’s first consumer mini-camera worn nonchalantly on his back, in the ON position, in a quest for the innocence of the early days of cinema. No such romanticism with Kenryou Gu, who builds a cold block, refusing seduction, to better render the intensities of the city in its kaleidoscopic multiplication. The result is a total immersion in the city’s sampled images, as if to further lose your way.

Walk-by Shooting



顧 剣亨は、この多視点対応型の監視装置を個人的に身体化することで、同装置をラジカルに表象した。ペーター・スローターダイクは、近代以降のアーティストの役割は同時代の人間に同時代の文化を明確化することであると論じている。テクノロジーが躍進するたびに、私たちが選ぶのではなくむしろ甘受してきたライフスタイルの加速化、存在条件の唐突な変化について、アーティスト以外の誰が私たちに自覚を促すことができるだろうか?1936年、ロンドンのニューバーリントンギャラリーで、ダリは潜水服に身をつつみ、第一次世界大戦の毒ガス兵器使用に始まった大気の変化を知覚可能にした。本来であれば生を可能にするはずのものである空気。その空気中に前代未聞の死が放たれた。ダリは表現しがたいものを可視化した。

ダリが自らのアクションで例証したように、顧 剣亨は写真撮影という行為をパフォーマンス化する。カメラを肩に固定して、天気がどうであれ、朝から夜まで、限界が来るまで街を歩き回る。顧 剣亨は、カメラの小型化とメモリー増量という同時代のテクノロジーの進化から方法論を引き出してパフォーマンス・フォトグラフィーを実践し、全方向に向けて都市を徘徊することで膨大な数のイメージを蓄積する。インスタレーションのタイトルによれば15972におよぶ京都のイメージを、視覚的な技巧を凝らさずに、コンスタントなリズムで機械的に撮影し続ける。この「歩くアーティスト」の新解釈では、写真を撮るのは顧 剣亨の身体全体だ。

ジガ・ヴェルトフの「カメラを持った男」に文字通り続き、顧 剣亨はカメラオペレーターとして、イメージ生産のリズムに彼の一歩一歩を重ね合わせる。シャッターが下りる正確な瞬間にもイメージの構成にも一切介入せず、GoPro(アクションカメラ)の高精細レンズを後ろに向けたまま撮りためたイメージは、その後、膨大なアーカイブとして展示空間の壁上に集積される。背景に流れるのは、この超窃視的な都市縦断のサウンドスケープだ。

ヴィム・ヴェンダーズは、彼独自の少々メランコリックなやりかたで「リスボン物語」の主人公にこれと似たような役を演じさせた。ソニー製の初の一般大衆向けミニカメラを、スイッチをONにしたまま無造作に担いだ主人公は、シネマ原初期の純粋性を求めて、中心から周辺部へと向かった。だが、顧 剣亨にロマンチシズムはない。カレイドスコープのように目まぐるしく増殖する都市の強さとリズムを忠実に再現するために、誘惑的なイメージを拒否して、ひとつの冷たいまとまりを構成する。その結果生じるのは、サンプリングされた街のイメージへの完全な没入である。再び街にうまく紛れ込もうとするかのように…

Walk-by Shooting

Pascal Beausse

Comment dresser le portrait d’une ville sans céder à ce qui fait image en elle ? Comment résister à ce déferlement d’images qui submerge au quotidien une ville ? La ville contemporaine a été façonnée par la photographie, autant que ce médium s’est nourri de la puissance imageante de la ville. Aujourd’hui, elle est gouvernée par un dispositif multi-scopique impressionnant car largement impensé, de sa surveillance policière omniprésente et pourtant invisible, épiant chacun de ses recoins, jusqu’à la pulsion scopique incontrôlée des touristes - et jusqu’à ses habitants mêmes, touristes dans leur propre lieu de vie. La ville est consommée aujourd’hui ad libitum par des appareillages technologiques de vision ; elle est dévorée par les caméras.

Kenryou Gu radicalise ce dispositif multi-scopique de contrôle par la représentation, en l’incarnant à l’échelle individuelle. Depuis la modernité, nous dit Peter Sloterdijk, le rôle de l’artiste est d’expliciter la culture contemporaine à ses contemporains. Cette accélération des modes de vie, cette transformation heurtée des conditions d’existence, que nous subissons plutôt que nous les choisissons à chaque saut technologique, qui mieux que l’artiste peut nous les rendre sensibles ? C’est Dali se faisant enfermer volontairement dans un scaphandre, le 1er juillet 1936, aux New Burlington Galleries de Londres, pour rendre tangible la transformation de l’atmosphère initiée lors de la première guerre mondiale, par l’usage des gaz militaires, afin de rendre visible ce qui échappe à la représentation : la mortalité inédite diffusée dans l’air, qui devrait pourtant autoriser la vie.

A la manière de cette action démonstrative, Kenryou Gu fait de l’acte photographique une performance : il place une caméra sur son épaule et il marche dans la ville, jour et nuit, par tout temps, jusqu’à la limite. En déduisant sa méthodologie des évolutions technologiques de son temps - miniaturisation et puissance de mémoire des caméras -, il pratique une photographie performative afin d’accumuler un nombre exceptionnel d’images de la ville qu’il parcourt en tout sens. En l’occurrence ici, et selon le titre de son installation, 15972 images de Kyoto, prises à un rythme constant, automatisé, sans maîtrise visuelle de l’image. C’est tout son corps qui photographie, dans cette réinvention de l’artiste en marche.

Littéralement, après L’Homme à la caméra de Dziga Vertov, Kenryou Gu se comporte en opérateur de prise de vue, faisant de chaque pas le rythme de sa production d’images. L’objectif haute définition de sa GoPro est dirigé vers l’arrière : il n’en contrôle ni le moment précis de chaque déclenchement ni la composition de l’image, venant s’accumuler ensuite en une immense archive sur les murs de l’espace d’exposition, accompagnée du paysage sonore de ces traversées hyper-scopiques.

A sa manière quelque peu mélancolique, Wim Wenders avait fait jouer ce rôle au personnage de son film Lisbon Story, qui partait du centre pour aller vers les périphéries, la première mini-caméra grand public de Sony portée nonchalamment sur le dos, en position ON, dans une recherche de l’innocence des temps primitifs du cinéma. Nul romantisme chez Kenryou Gu, qui construit un bloc froid, refusant la séduction, pour mieux restituer les intensités et les rythmes de la ville dans sa démultiplication kaléidoscopique. En résulte une immersion totale dans l’image samplée de la ville, comme pour mieux s’y perdre encore.